« Homo homini lupus est. »

L’Homme est un loup pour l’Homme.

Ou la phrase que certains aiment à sortir d’un air cynique face à une situation d’injustice ou d’égoïsme, pour l’expliquer, et même la justifier.

L’Homme peut être parfois égoïste, oui. Enfin, certains hommes (et femmes). Parfois. Mais pas tous les hommes (et toutes les femmes), tout le temps. Parce que l’Homme est quand même altruiste, par nature. C’est pas moi qui invente ça : les neurosciences nous disent que notre cerveau est façonné pour qu’on ressente de l’empathie (neurones miroirs, tout ça). Donc, quoi, nous serions à la fois égoïstes par nature et altruistes par nature ? Ça a l’air incompatible.

Mais en fait ça ne l’est pas. Nous sommes tantôt altruistes, tantôt égoïstes, « ça dépend des fois », on le sait bien. Ça dépend aussi de qui, oui : on connait tous des gens plus altruistes que d’autres. On ne peut pas être tous identiques, bien entendu, mais ne serait-ce pas mieux si tout le monde devenait subitement un peu moins égoïste ?

Ça n’a rien d’impossible. Les individus ne sont pas dotés dès leur conception d’une certaine dose immuable d’égoïsme et d’altruisme qui leur serait propre.
L’égoïsme et l’altruisme ce sont des comportements sociaux, des actes : ça s’influence, par l’éducation, l’environnement.

Réciprocément, si on veut créer des individus de plus en plus égoïstes, on le peut. Je n’ai pas la recette miracle, mais j’imagine qu’en divisant les gens (sur des motifs culturels, religieux, vestimentaires, que sais-je…), en les mettant en concurrence (marché de l’emploi, compétitivité, rareté des logements…), en les isolant, on tient le bon bout. Et devinez quoi, la société moderne est tout à fait là dedans (si vous ne voyez pas en quoi : aïe, renseignez vous sur les justifications morales du capitalisme et du libéralisme économique, et sur leurs effets concrets).

Bien sûr, on n’est pas obligé d’être d’accord avec moi. On peut vouloir croire aveuglément que l’Homme est définitivement un loup pour l’Homme, qu’il est égoïste, que c’est comme ça et pas autrement, et que les actes d’altruisme ne sont jamais désintéressés, qu’il donne le meilleur de lui même quand il est plongé dans la compétition féroce contre tous ses congénères, que toute entrave à sa liberté d’écraser les autres est illégitime, etc. J’ai bien dit croire aveuglément, car on est bien dans de la croyance irrationnelle ici. Le problème c’est qu’à force de croire cela, de le répandre dans les médias, à force d’aller sans arrêt dans ce sens politiquement et économiquement parlant (dérèglementations, flexibilité, discours sécuritaires et instillation de la peur et du rejet de l’autre, éloge du Mérite…), on y arrive de plus en plus, à créer des hommes comme cela. Cela ne rend pas l’idéologie vraie pour autant, mais seulement davantage répandue à cause du conditionnement et la doxa qui se propagent comme un cancer. À la manière d’une religion, là encore.

Maintenant, à ceux qui ne trouvent rien à y redire et qui veulent persister dans cette voie même si ses conséquences désastreuses sont aujourd’hui connues, je vous le dis : on ne risque pas de s’entendre. Car cette évolution est dramatique. Si ça vous amuse de participer à la pourriture du monde, j’espère que vous saurez en tirer les leçons le jour où tout cela s’effondrera et où les évènements deviendront dramatiques pour vous.

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