Vivre l’instant

J’ai la dalle. Je sors de l’appart pour aller me faire des courses. Génial, il fait super beau! Les arbres sont verts, le ciel est bleu, les oiseaux chantent. Et un temps comme ça, ça fait toujours du bien au moral. Je fais mes petites courses, et sur le chemin du retour je me dis qu’avec ce temps doux, il doit y avoir énormément de jeunes en train de jouer sur des stades. Ou des gens se promenant dans les jardins publics. Quel plaisir, avec ce soleil qu’on a tant attendu! Puis je me mets à imaginer toute sorte de situations qui doivent certainement se produire au moment où je les pense. Je me dis qu’il doit y avoir plein d’enfants en train de courir dehors dans la cour de récré. D’autres naturellement se sentent à l’étroit dans leur salle de cours, et regardent par la fenêtre avec envie. Un couple est problement en train de regarder les nuages passer, couché dans l’herbe douce. Et puis je me dis qu’il y a plusieurs naissances à la seconde, sur Terre. Je souhaite la bienvenue à tous ces nouveaux-arrivés. Je pense à ma mère. Peut-être est-elle en train de jardiner dans le potager. Et tout ces gens qui travaillent! À conduire dans leur camion, les lunettes de soleil sur le nez. Les gentilles serveuses dans les restaurants fument-elles une clope à cette heure ci? Je pense à ce musicien qui arrive pour la première fois à jouer le morceau qui lui plait au piano devant son ami. Et je félicite cette adolescente. Elle avait peur, mais il l’a mise en confiance. Ils l’ont fait. Et puis, que dire de cette petite pile électrique? À courir partout, il embrouillé son père et lui a mit un but ma-gique. Raah purée le monde est tellement grand! Si ça se trouve il y a même un mec qui fait son premier saut en parachute. La sensation de dingue! Après tout on est plus de sept milliards sur Terre.

Mais juste avant de rentrer chez moi, je croise un SDF dans la rue. Je croise son regard désabusé, je lui renvoie mon regard gêné. Combien sont-ils à l’heure actuelle assis sur le bord d’une route, noyés dans cet océan de regards, abandonnés dans le monde des autres. Mais malheureusement il n’est pas seul à regarder de loin le bonheur de certains, il y en a tellement. 800 000 personnes se suicident par an. Si on divise, ça fait trois personnes toutes les deux minutes. Ces personnes crient au secours, veulent de l’aide. Qui les entend?

Combien? 18 000 viols par jour sur la planète. Ce chiffre me fait froid dans le dos. Ces personnes vont rester marquées à vie, et si peu pourront les comprendre. Qu’en est-il de cette mère, qui vient de se faire arrêter pour vol à l’étalage? C’est incroyable quand même, mais avec un tel nombre d’habitants, les situations les plus extrêmes sont ainsi facilement probables. Tant de morts. Tant de pleurs. Tant de souffrance, tous les jours, physiques, psychologiques. Toutes ces peurs, ces craintes, ces gens qui ont envie d’exploser de tristesse, ceux qui ne cherchent que le réconfort d’un sourire. Je me sens encore une fois si petit. Je pense à l’ampleur des situations dont la pensée ne m’a même pas effleuré. Et puis je me dis, comment peut-on encore avoir des certitudes, tellement notre vision du réel est limitée? Notre défaut d’empathie est-il ancré si profondément? Et peut-on y faire quelque chose? Le malheur est-il l’étape nécessaire à toute vie? Ou faut-il s’en préserver?

Je rentre chez moi.

http://www.worldometers.info/fr/

Gauvain

1 réflexion sur « Vivre l’instant »

  1. Sur le fond :

    • ok pour la dichotomie « journée agréable et tranquille » VS « oops, y’a de la misère dans le monde », que je connais aussi.
    • ok pour les questions de réflexion, j’aime bien. ok pour ne pas donner de réponses et laisser le lecteur pensif.

    Question 1 : « Comment peut-on encore avoir des certitudes, tellement notre vision du réel est limitée ? »
    Je vois pas l’incompatibilité… Enfin, ça doit dépendre des « certitudes ». Tu penses auxquelles ? Ce qui est sûr c’est qu’on évolue chacun dans une infime partie visible du monde. Mais bon, en 2015, on a les moyens de savoir ce qu’il se passe au delà de son champ de vision, quand même. Certes, qui dit moyen ne dit pas qu’on est pour autant omniscient. Mais de là à être dans l’incapacité d’avoir des certitudes, quand même, je pense pas. Et puis, où veux tu en venir, finalement, avec ces certitudes ?

    Question 2 : « Notre défaut d’empathie est-il ancré si profondément ? Et peut-on y faire quelque chose ? »
    A priori les neurosciences disent le contraire, à savoir que l’empathie est ancrée profondément. Mais effectivement la question de sa quantité et de sa qualité se pose, on est loin de pouvoir s’imaginer tout ce qu’a vécu et ce que ressent quelqu’un d’autre, tout de même. J’imagine qu’on peut influencer notre capacité à être à l’écoute des autres, à être compréhensif, réfléchi, altruiste. J’imagine que c’est avant tout une question d’éducation (au sens large, d’environnement). Cf. cet article.

    Question 3 : « Le malheur est-il l’étape nécessaire à toute vie ? Ou faut-il s’en préserver ? »
    J’imagine que tu parles de la vie humaine déjà. Je vois pas trop en quoi le malheur serait une « étape »… C’est un sentiment. Parfois dans certains moment, il prédomine. Ces moments, s’ils sont des moments clés de notre vie, peuvent être vus comme des étapes, douloureuses, oui, ok. Naturellement on va chercher à se préserver du malheur, mais si on le voit comme un contraste avec le bonheur, alors puisque on ne peut pas être tout le temps à 100% heureux (déjà, va le quantifier !), on va avoir des moments « à vide », perçus comme du malheur. Dans « le meilleur des mondes », on a une société où tout le monde est préservé du malheur, et ce n’est pas beau à voir. J’imagine donc que l’horizon qu’on devrait viser n’est pas celui décrit dans ce bouquin (un monde où toute pensée un peu négative est détruite à coup de drogue et où tout le monde est conditionné à être parfaitement heureux de sa condition), mais plutôt une réduction des souffrances inutiles et injustes. Par contre, les chagrins d’amour, la nostalgie, l’ennui, le deuil, bref, tous ces sentiments là qui sont assez éloignés du bonheur, me semblent insurmontables, et même plutôt nécessaires : c’est aussi eux qui nous rendent « humains ».

    Sur la forme :

    Comment sont représentés les personnages féminins :

    • mère qui jardine
    • mère obligée de voler pour nourrir sa progéniture
    • gentilles serveuses qui fument une clope
    • adolescente peureuse qui a cédé aux avances de son copain (adolescente que tu « félicites » en bon paternaliste)

    Comment sont représentés les personnages masculins :

    • musiciens
    • le mec qui a couché avec l’adolescente
    • le père et son fils qui jouent au football
    • le mec qui saute en parachute

    Conclusion :

    • les hommes et les jeunes sont des sportifs, artistes, convainquent les femmes de coucher avec eux.
    • les femmes sont des mères au foyer dévouées, des serveuses, des vagins.

    Donc c’est pas seulement « nian nian », « mièvre », ou « puéril », c’est surtout un agrégat de stéréotypes sexistes.

    En bref :

    Les questions soulevées sont intéressantes, mais pas facile de refaire ton cheminement de pensée et de faire le lien avec le début.
    Et surtout le fond occupe à peu près 5% du texte, l’accent est mis sur la forme, qui par certains aspects me paraît problématique.

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