Ce qui ne se conçoit pas bien…

…ne s’énonce pas clairement.

(Ce billet fait suite à celui sur la libre pensée et la toxicité des mots). Dans un précédent article, j’évoque ma consommation d’informations. Je vais un petit peu plus loin en m’exprimant à mon tour : sur ce blog, mais aussi en discutant avec des amis, de la famille.

Comme dit ci-dessus, j’en parle avec de la famille, des amis, et, bien naturellement, je récolte des critiques. Auxquelles je ne sais pas toujours quoi répondre. En même temps, en pointant du doigt et en remettant en cause des choses qu’on a jamais eu l’habitude de remettre en cause (le capitalisme, le patriarcat, le salariat, le vote, l’État, les hiérarchies…), on fait face aux questions du type « mais comment tu voudrais que ça marche ? », ce à quoi je n’ai pas toutes les clés pour répondre, loin de là (mais j’y travaille !). Parce que remettre en cause ça, ça demande un grand effort, parce qu’il s’agit de déconstruire ce qui est enfoui au plus profond de nous depuis notre plus jeune âge. Et concernant la mise en place concrète de l’alternative, quand ça doit passer par une révolution pour aboutir à une société sans classes, égalitaire, on me rétorquera gentiment « arrête de rêver, ça n’arrivera pas, et puis, d’ailleurs je te vois pas trop agir pour la révolution hein ».

C’est dur de répondre à ces critiques, et ça peut amener à la résignation. Être résigné si jeune, et sans avoir encore rien tenté, c’est triste. Il y a différents degrés dans la résignation. On peut se dire que, finalement, le changement pourra être effectué par des réformes, si on élit des gens bien et qu’on va à la manif gentiment autorisée. On peut se dire que la charité et l’humanitaire, s’ils sont accentués, contourneront certains problèmes sans changer de système. Je ne sais pas si c’est de la résignation, ou de l’optimisme. Beaucoup voient dans ces solutions un idéal, et de l’espoir… Pas moi. Je n’y crois pas, je trouve cela naïf comme espérance. Mais je préfère me dire que c’est de l’optimisme démesuré, plutôt que d’y voir la pensée de l’Ennemi. N’étant moi même pas convaincu, je ne m’y oppose donc pas frontalement, j’expose seulement mes réserves.

Et puis, quand je dis que j’ai pas réponse à tout, ce n’est pas une honte. On ne devrait pas me dire de me résigner simplement sous prétexte que je n’ai pas mieux à proposer. Il n’existe aucune solution clé en main, aucune recette miracle, qu’il suffirait d’appliquer. Bien sûr il y a des idées intéressantes, des théories fouillées, des pratiques éprouvées. Mais pas une unique Vérité et son plan de mise en œuvre tout bien défini. D’ailleurs, faut-il forcément attendre d’avoir une idée parfaitement définie de ce qu’on veut faire, et de comment on va le faire, et qu’il y ait consensus sur tout ça, avant d’agir ? En pensant cela, on risque simplement de reporter le changement aux calendes grecques. D’ailleurs, dans certains milieux militants, il est parfois reproché à ceux qui intellectualisent et théorisent « trop » le sujet de participer à repousser indéfiniment l’action. Dans le cas d’universitaires, de chercheurs, d’intellectuels, on leur reprochera de profiter de leur situation sociale élevée pour tergiverser et discuter tranquillement entre eux sur les sujets qui leur plaisent, sans que cela face vaciller le confort de leur position.

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