Dialogue du bistrot : le libre-arbitre

(dialogue imaginaire entre moi-même et moi-même)

− Pourquoi Laura est serveuse à McDo, et pourquoi Luc est cadre chez Areva ?
− Je sais pas, j’imagine qu’ils devaient pas vouloir faire la même chose, et puis ils ont pas fait les mêmes études.
− Donc ça serait uniquement une question de volonté respective si aujourd’hui Laura est presque précaire et si Luc dans la classe moyenne supérieure ?
− Ben c’est peut-être pas seulement leurs volontés, c’est aussi une histoire de chance.
− Une histoire de hasard, ou de chance du type « Luc a la chance d’avoir des parents qui l’ont aidé et poussé dans cette direction » ?
− Oui, plutôt la seconde.
− Et par rapport à leurs volontés, comment tu expliques qu’ils n’aient pas eu les mêmes aspirations ? Et, par exemple, si on prend Sylvain, qui avait commencé à faire les mêmes études que Luc, comment ça se fait qu’il a décroché ?
− Sylvain il s’est pas sérieusement mis à bosser pendant sa prépa.
− Pourquoi, à ton avis ?
− Ah ça j’en sais rien.
− Non mais essaye d’imaginer.
− Bah, ça a pas dû le passionner, ou bien il était préoccupé par autre chose, ou il a pas été assez consciencieux dès le début de l’année.
− D’accord, mais au final, si on essaye de remonter à l’origine de la cause de ce « manque de rigueur », on tombe sur quoi ? C’est comme pour les aspirations de Laura et de Luc, peut être qu’elles divergent depuis longtemps avant le lycée même, mais de quoi ça provient ?
− Pff, franchement j’en sais rien ! Comment tu veux le savoir ?
− Non mais j’essaye juste d’imaginer. Je me dis qu’en remontant à la racine, la réponse sera soit « c’est la faute à ses gènes », soit « c’est la faute à son éducation ». Enfin, « éducation » au sens large, c’est pas seulement l’école, c’est les parents, les associations, les voisins, etc. Et c’est pas seulement les groupes de personnes, c’est aussi les objets. En fait, le bon mot c’est pas « éducation », c’est « environnement ». L’environnement, c’est toutes les structures dans lesquelles l’individu évolue.
− Ça peut aussi être dû aux deux à la fois. Les gènes, plus l’environnement.
− Oui bien sûr, et la grande question après c’est quelle est leur importance respective. Mais ce que je veux dire c’est que, à part les gènes et l’environnement, je vois rien d’autre. Et du coup, j’ai l’impression que ça contredit un peu la vision habituelle des choses selon laquelle les individus sont entièrement responsables de leurs situations. Ça contredit le libre-arbitre, ça voudrait dire qu’on est déterminés, en quelques sortes.

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