Libre-pensée et toxicité des mots

Dans mon précédent article, j’évoque ma consommation d’informations. Je vais un petit peu plus loin en m’exprimant à mon tour : sur ce blog, mais aussi en discutant avec des amis, de la famille.

Il y a une première chose qui me gêne quand je m’exprime : est-ce que ma propre expression n’est pas un simple copié-collé de l’information que j’ai ingurgitée ?
Si, en grande partie, forcément. Mais, comme tout le monde, j’ai envie de dire.
Être un « libre penseur », ce n’est pas refuser catégoriquement l’information extérieure, en pensant que je vais produire moi même ma propre pensée en dehors de toute influence, en toute autonomie. Ce n’est pas refuser de croire ce que je n’ai pas vu de mes propres yeux, car certaines choses se passent au delà de mon champ de vision : notamment, dans le quotidien de l’individu de classe moyenne occidental, la misère du monde est pratiquement absente, cachée, car reléguée et délocalisée ailleurs que dans son lieu de vie.
La libre-pensée, ça serait plutôt, simplement, « exercer sa raison pour penser ou juger », garder un œil critique, et être conscient des influences qui s’exercent sur moi.

Est-ce que ça veut dire qu’on peut s’informer à partir de n’importe quelle source, la raison s’occupant du reste ?
Je trouve que la raison n’est pas si facile que ça à exercer. J’ai beau savoir qu’il est important, notamment à l’ère d’Internet, de trouver des sources contradictoires afin de ne pas tout gober, je ne le fait pas systématiquement (loin de là), j’ai les sources « que j’aime bien », que j’estime fiables, et que je ne remets pas vraiment en question. J’imagine que je ne suis pas le seul à faire comme ça.
Et puis, sans bagage technique, sans connaissances pointues, comment départager des articles qui insistent sur des points différents d’une même actualité ? Ce n’est pas simple.

Enfin, les mots eux mêmes sont dangereux. Oui, je pourrais lire le Point et regarder Soral, et exercer ma pensée critique. Mais je fais le choix de ne pas les lire. C’est peut être sectaire et pas très malin comme attitude, mais, oh, il y a déjà tellement de gens qui le font, je vais passer mon tour, merci. Quant à ne faire QUE lire le Point et regarder Soral, je me dis que c’est un coup à se bousiller l’esprit : quand la raison et le sens critique sont affaiblis (fatigue, stress…), c’est un coup à se faire endoctriner gentiment. Même sans fatigue, en fait : si on me présente le même discours en permanence, ça me semble presque évident que je vais être endoctriné.

« Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, elles semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. » − Victor Klemperer

En sélectionnant mes sources d’informations comme je le fais, je choisis en quelques sortes qui sont les gens et les idées qui vont m’intoxiquer. Mais je préfère me dire qu’il s’agit d’un choix conscient et réfléchi, grâce à ma connaissance des motivations de ces personnes et de ces idées. Cela me semble mieux que de m’intoxiquer sans en avoir conscience à des médias ou des personnes que je jugerais naïvement neutres, ou de m’intoxiquer à des discours de division et de haine.

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